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                                                           LES  SUICIDES

 

J’ai toujours dit que je ferais un texte sur ce sujet brûlant qu’est le suicide. Ceux qui se suicident ont le même parcours que les condamnés à mort sur terre. Leur destin, ou Karma, est identique.

 

En passant la barrière de la mort celui qui a été exécuté  aura deux choix. Le premier est de revenir directement à la case départ sur terre car il n’est pas concevable qu’il puisse avoir sa place là-haut. Son  deuxième choix c’est de tout refuser en bloc, et là il devient une âme errante. Ce deuxième choix me gène car j’imagine mal un innocent qui a été exécuté accepter quoi que ce soit venant de là haut. Personne n’a réussit à le sauver sur terre….

 

Pour ceux qui choisissent de se suicider le parcours, après la mort, sera identique. C’est, ou le retour à la case départ ou devenir une âme errante. La différence entre le condamné à mort et le suicidé c’est qu’on lui donnera une deuxième chance. Le mot chance est mal approprié car il aura la chance de tout recommencer, y compris ce qui l’a conduit au suicide. J’ai la chance de vivre dans un pays relativement évolué. Celui qui vit dans ce pays et se suicide ou va t il se retrouver dans une autre vie ? Dans un pays de misère ? Son karma sera encore plus difficile.

 

Le 17 Juillet 2002 mon meilleur ami d’enfance s’est suicidé par pendaison. A cette époque ma préoccupation c’était Josiane qui sortait à peine du coma. Les deux jours précédents son suicide j’ai reçu un appel téléphonique au petit matin. A chaque fois, le temps que j’émerge du sommeil et que je décroche le combiné, il n’y avait plus personne au bout du fil. A cette époque le téléphone était ma hantise car à chaque fois j’avais peur qu’on m’apprenne une catastrophe au sujet de Josiane. Donc en aucun cas je peux dire que j’ai rêvé. Etait ce Roland qui appelait « au secours » ? Cela, je ne le saurais jamais. On pourrait mettre cela sur le compte du destin, mais je ne l’accepte pas.

 

Le 19 Mai 2003 mon frère Jean Paul s’est suicidé de la même manière que Roland. Il s’est pendu chez un de ses amis d’enfance. Je n’ai été averti que 8 jours plus tard. Le policier qui m’a expliqué les conditions du suicide a été des plus horribles. La première chose qu’il m’a dit, et sans ménagements, c’est qu’on avait de la chance qu’ils nous aient retrouvé, ce jour là, car sinon mon frère allait à la fosse commune. Maigre consolation.

 

Ensuite il y a les problèmes des formalités. Nous avons eu la mal chance de tomber sur les grèves des fonctionnaires et du pont de l’Ascension. En huit jours il a fallu réunir les preuves de notre lien de parenté avec mon frère. C’était loin d’être facile avec ces problèmes de remariages à répétition. De plus, nous étions natifs d’une région assez éloignée du lieu de décès de mon frère et moi je me trouvais à l’opposée. Pendant ce temps mon frère commençait à pourrir dans un tiroir. Même si il se trouvait dans un funérarium, le corps travaille, et la mort fait son œuvre. On nous a même avertis qu’il valait mieux ne pas le revoir le jour ou on a refermé son cercueil. J’ai fait ce choix car je voulais garder de lui l’image de la fripouille qu’il a toujours été. Ma sœur a tenu à le revoir une dernière fois. C’était son choix et c’était le mien. Moi j’ai préféré porter son cercueil quand on l’a mis en terre. Je n’aurais jamais pensé qu’un cercueil soit si lourd. J’étais le plus grand et je me trouvais au milieu des porteurs. J’avais l’impression d’être tout seul à porter son cercueil. Quand ma tête s’est retrouvée contre lui les larmes me sont venues. J’ai refusé de pleurer et j’ai ravalé mes larmes. Mon frère avait choisi sa fin donc je devais l’accepter.

 

Je n’ai jamais pu accepter car dans ce cas là on ne sait rien. J’ai dit à la police : enlevez-moi les doutes, c’est tout ce que je vous demande. Plus on a cherché des explications à sa mort et plus on a trouvé des détails qui prouvaient le contraire. La police a trouvé un carnet de chèques vide. Mon frère avait payé le restaurant à ses amis la veille de son suicide. Rien ne laissait présager qu’il se suiciderait. Au contraire il faisait des projets pour les vacances prochaines. La police a conclu au suicide en pensant sûrement qu’il était fauché. Erreur ! Mon frère venait de gagné aux courses. J’ai retrouvé 3 comptes en banque différents. Avec ce qu’il y avait on aurait pu l’enterrer 3 fois de suite.

 

Quelques semaines plus tard j’ai revu son ami chez qui le drame s’est produit. Il m’a dit : il y a un truc qui m’empêche de dormir. Ton frère s’est pendu et ses pieds touchaient bien à plat par terre. Comment a-t-il fait pour se pendre ? Ce détail l’empêchait de dormir et pourtant c’est lui qui a appelé les secours et qui l’a dépendu. Mon frère s’est pendu avec la laisse du chien et le chien n’a rien dit. Ensuite cet ami a assisté à la réanimation pendant trois quarts  d’heure. A cela il faut savoir que la police l’a enfermé dans sa propre cave. Il était suspect ! Pour finir c’est lui qui a tout nettoyé dans son appartement. Il y avait des seringues partout. Les toubibs pour ne pas perdre de temps jetaient les seringues dans tous les sens. Il y a eu l’interrogatoire aussi. Moi j’ai eu ce flic au téléphone. Je n’aurais pas voulu être à la place de cet ami ce jour là. Je passerais sur les détails mais ils n’ont aucun respect pour ceux qui ont vécu ça, ni pour celui qui vient de se suicider. La personne qui est morte n’est plus rien ! Ce n’est plus qu’une chose !

 

On nous a dit qu’il y avait eu une autopsie de faite. Puis on nous a dit que non. Puis de nouveau oui. Nous n’avons jamais pu avoir des détails sur la mort de mon frère. Comment voulez vous que la famille puisse faire son deuil. Mon frère n’avait pas fait ça chez lui, donc son appartement a été mis sous scellées. Pour faire la levée des scellées je peux dire que c’était la croix et la bannière. Je voulais absolument récupérer les vêtements de mon frère pour qu’il soit enterré dignement. Mon frère a été toute sa vie un monsieur tiré à quatre épingles. Dans son appartement il n’y avait rien : aucuns vêtements. Je peux dire qu’il n’y avait rien qui puisse laisser penser qu’il vivait là. Ce jour là la police nous a donné un bout de papier ou mon frère a écrit des choses pouvant laisser penser qu’il avait préparé son suicide. Pour moi c’est un brouillon, c’est sûr ! La preuve c’est qu’il signe en écrivant Mr MARTIN. Ce nom était son karma donc il n’aurait jamais pris le Mr qu’on attribuait à mon père. Je signe en mettant un D devant ce nom et mon frère en faisait autant il mettait JP. C’est notre façon de nous personnaliser vis à vis de ce nom là. Des détails de genre nous en avons trouvé des quantités. Et plus on cherche et plus on en trouve encore. Le pire c’est que mon frère avait une peur bleue de la mort. Il avait même peur d’être endormi pour être opéré. Alors pourquoi se suicider ?

 

Je disais plus haut que celui qui est mort n’est plus rien. Ce qui m’a choqué le plus c’est que le policier m’a dit que ses papiers d’identité avaient été détruits. C’est comme si on lui avait volé son âme en faisant cela. Mon frère avait tué son corps et on avait détruit son nom en  brûlant ses papiers. En contre partie on nous délivrait un papier : le certificat de décès. En fait j’avais l’impression que c’était un certificat final. Mon frère avait vécu et tout était classé et terminé. Je me suis rendu compte aussi que le défunt ne nous appartient plus. On a juste le droit de le voir une dernière fois. Ensuite le cercueil est fermé et mis sous scellées. Il est mis en terre et il ne restera qu’un nom sur un bout de bois. Et nous il ne nous restera que nos yeux pour pleurer.

 

J’ai donc fait des démarches auprès du tribunal ou il est décédé. A force de me bagarrer avec eux et d’avoir été trimbalé d’un service a un autre, j’ai découvert que la mort de mon frère avait fait l’objet d’un classement sans suite. Nous ne pouvons même pas avoir accès à ce dossier, qui sont les conclusions de la police. J’ai découvert aussi que mon frère n’a jamais été autopsié. Voilà : affaire classée ! Dans un sens c’est un soulagement de savoir que mon frère n’a pas été découpé en morceaux mais les doutes subsistent.

 

Ceux qui se suicident décident d’en finir avec la vie pour fuir les réalités ou les difficultés de la vie. C’est leur choix mais ils nous laissent un paquet de merde monstrueux sur les épaules. Le premier choc c’est d’apprendre la nouvelle. Aussitôt on culpabilise. Moi ce n’était pas mon cas car ça faisait 18 mois que je cherchais mon frère et que ma sœur s’y opposait. Je ne voudrais pas être à sa place aujourd’hui car si mon frère avait des problèmes de santé ou autre, on pourrait presque l’accuser de non assistance à personne en danger. Je sais pourquoi je dis cela, un courrier entre mon frère et ma sœur en est la preuve. Résultat ce sont ceux qui restent qui cherchent toutes les excuses pour se disculper et on se renvoie la balle. La personne s’est suicidée pour X raisons et on refuse d’admettre qu’on n’était pas là au bon moment. Auriez-vous su l’écouter ? Auriez-vous pris le temps d’essayer de comprendre ses appels au secours ? La vie nous éloigne de leurs appels au secours et ils se retrouvent seuls, avec la seule solution qui est de se suicider.

 

Pour en arriver à la solution ultime du suicide ces gens là doivent souffrir le martyre. J’ai découvert que mon frère souffrait peut être d’une maladie incurable et très douloureuse. Ce n’est qu’une hypothèse. La mort n’est jamais facile. Il n’y a pas de mort qui soit facile. Je suis persuadé que ces gens là ne sont plus eux même dans ces moments là. C’est un peu comme si l’esprit avait quitté leur corps et que le corps ne peut plus vivre sans son esprit.  Le corps est perdu sans son pilote.

 

Avec Blaise j’avais appris que les suicidés ou les condamnés à mort de reviennent pas par le même chemin pour être réincarnés. Un jour en discutant de ça sur internet on m’a rappelé aussi que les suicidés restent en attente de l’heure de leur vraie mort qu’il aurait du avoir. Dans cette hypothèse ils sont au purgatoire jusqu’au moment ou ils auraient du réellement mourir naturellement. Alors je vais vous expliquer un rêve que j’ai fait 15 jours après l’enterrement de mon frère. Mais avant cela je vous rappelle aussi que les étapes de conscience après la mort durent environ 40 jours pour ceux qui meurent normalement.   Dans ce rêve je parcourais le royaume des morts à la recherche de mon frère. J’avais l’impression qu’il y avait de la brume partout. Comme si on était dans les nuages. A un moment j’ai trouvé Jean Paul tout recroquevillé sur lui même dans un coin et à l’écart des autres. Un peu comme si il était assis par terre dans un coin et la tête entre ses bras, sur ses genoux. Quand je l’ai vu comme ça j’ai eu la rage. Je l’ai pris par les cheveux et je l’ai tiré comme ça, pour le faire sortir de cet endroit. Mon idée c’était qu’il continue sa route au lieu de se lamenter sur son sort. Il fallait qu’il bouge et qu’il aille ailleurs. A mon réveil j’étais persuadé que ce n’était pas un rêve. J’ai eu la certitude d’avoir été le chercher, dans le royaume des morts, et de l’avoir arraché à sa déchéance.

 

Plus tard, un jour je me suis réveillé d’une drôle de manière. En fait c’était mon frère qui venait me réveiller en me passant ses chaines sur mon cou. C’était une fripouille et dans la réalité je suis sur qu’il l’aurait fait pour me montrer qu’il avait réussit à se libérer de ses chaines. Ce rêve était-il réel ou juste un rêve ? Moi je suis sûr qu’il est venu me montrer qu’il était libre.

 

J’ai longtemps hésité à faire ce texte. Je ne savais pas par quel bout commencer. Je ne savais pas si je devais être gentil ou violent. Je voulais montrer la réalité du suicide et ne surtout pas me lamenter sur le sort des suicidés. Je voulais aussi que là haut ils prennent conscience de notre dure réalité sur terre. J’en reviens à dire que la peur ça tue. La peur de la souffrance, la peur de la vie tout simplement. En revanche je voulais dire à ceux qui ont des idées noires que ce n’est pas pour rien qu’on appelle ça des idées noires. Le noir c’est le négatif. Dans la solution du suicide tout est négatif. Le résultat pour celui qui se suicide est entièrement négatif et la famille souffre le martyre à sa place. Ils croient s’être débarrassés de la souffrance ou de la peur mais ils l’ont déplacée sur la famille qui, elle, reste sur terre. La mort c’est moche. Le suicide salit encore plus la mort !

 

Il y a des tas de formes de suicide. Il n’y a pas que la pendaison. Jouer avec sa vie ou détruire son corps petit à petit d’une façon ou d’une autre (alcool, drogue, etc) c’est aussi un suicide. Blaise justifiait cela en me disant : la plus belle création de Dieu c’est l’être humain. Tu dois en prendre soin pour l’emmener le plus loin possible. Il m’a rappelé aussi un texte ou il est dit : tu viendras la haut avec le livre de tes vies et ton corps pour y être jugé. Exister et ne pas vivre c’est pareil. Nous ne somme pas sur terre pour exister mais pour nous battre sans cesse pour vivre.

 

 

L’espérance a toujours été ma force de vivre. Si un jour ce texte peut servir à sauver une vie j’aimerais le savoir. Si une seule personne ayant envie d’en finir avec la vie a changé d’idée après avoir lu ce texte je serais le plus heureux des hommes.

Une fois de plus il faut se dire : la roue tourne et tournera encore.

 

Je dédie ce texte à mon frère Jean Paul..........

 et à Roland qui était comme mon frère, et sans oublier Daniel...un ami d'enfance.........

Un autre est venu grossir la liste : c'est Bruno................

 

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