compteur

 

         Le jour de Pâques j’étais en train de manger et le téléphone sonne. Mon frère décroche et me regarde ne sachant quoi dire. Au bout d’un moment il me dit c’est ta femme. Surpris je lui dis : t’es sûr ? Il me dit oui c’est Josiane. Qu’est-ce tu fais ? Tu la prends ? J’ai pris le téléphone et Josiane me dit : il faut absolument que je te vois et tout de suite. Au début j’ai refusé mais ensuite j’ai accepté. Nous nous sommes donné rendez vous dans un endroit neutre (un café). En arrivant elle me dit : j’ai des problèmes avec tes filles. Instantanément je lui ai dit : ça ne me concerne plus. Débrouillez-vous. Elle a insisté et m’a raconté que mes filles s’entre déchiraient, allant jusqu’à se battre entre elles. J’ai été obligé de l’écouter car malgré tout il s’agissait de mes filles. Nous avons longuement discuté et les heures passaient. Je l’ai raccompagnée chez « elle » : chez nous avant que tout explose. Devant la porte elle m’a dit : emmène moi quelque part je veux rester avec toi. J’ai loué une chambre d’hôtel et nous avons passé la nuit ensemble. C’est loin d’être facile d’oublier tant de déchirures et les cicatrices existeront toujours.

 

         J’en avais discuté de cela, avec Blaise au sujet du pardon. J’ai toujours dit je ne sais pas pardonner car pardonner c’est tout entier ou rien. C’est trop facile de dire je pardonne mais à la moindre occasion tout remonte à la surface. Pardonner c’est pardonner tout entier : on pardonne tout et on oublie tout. Moi je ne sais pas faire ça. Je disais à Blaise les cicatrices sont des traces indélébiles et lui me disait : si tu coupe une branche à un arbre la cicatrice reste, mais il repousse deux branches à la place de l’ancienne.

 

         Au petit matin nous nous sommes quittés devant sa porte sans rien nous promettre. Quelques jours après elle a de nouveau téléphoné et c’est ainsi que nous nous sommes revu régulièrement jusqu’au jour où elle m’a demandé d’entrer chez elle. Le hasard a voulu que ce jour là il y ait des problèmes avec le propriétaire et j’ai été obligé de m’investir. Le propriétaire a été très surpris de me voir et c’est à cause de lui que je suis resté plus longtemps ce jour là.  Sabrina savait que je revoyais sa mère. Elle était la seule avec qui j’avais gardé un contact. Je la voyais régulièrement et je m’acharnais à lui dire : reste à l’écart de tout ça ! Surtout ne t’en mêles pas ! Je précise qu’elle savait que j’écrivais et que je dialoguais avec mon ange gardien. Souvent elle me disait en souriant : comment va Blaise ? Un jour où j’étais sorti avec elle nous étions dans un bar et elle m’a demandé de lui faire une démonstration. Je crois que c’est la seule fois où j’ai fait cela. En fait, je lui ai dit ce qu’elle pensait. Elle avait hâte de rentrer pour aller rejoindre son petit copain. C’est sûrement la seule aussi qui a pu voir que le stylo pouvait écrire tout seul en le tenant juste par le bout en haut. Ce truc je le faisais souvent à cette époque là. C’était un peu comme un test ! J’ai utilisé toutes sortes de stylos mais il y en a un que je préfère aux autres. Je dis cela car c’est un petit clin d’œil pour Blaise. (Deux petits cœurs).

 

         Le soir quand Laëtitia est rentrée du travail elle n’a pas accepté de me voir là. Impossible de discuter avec elle. Sa seule idée fut de faire sa valise et partir. J’ai souvent dit : la haine c’est comme un cancer. Elle vous ronge jusqu’à la moelle et il n’y a aucun remède. Il n’y a qu’une seule personne qui peut vous guérir de cela : c’est vous et personne d’autre. Le problème c’est que la haine vous rend aveugle et sourd ! Donc Laëtitia est partie et moi ce soir là je suis resté.

 

         Nous étions le 30 avril 95. Un an pile poil, avant, tout explosait. J’avais fait ma traversée du désert pendant une année entière : jour pour jour. Par contre ce jour là je regardais partout et je me rappelais que dans ces lieux il y avait eu des choses bizarres à cause de ce marabout qui nous avait précédé. Je n’avais qu’une idée en tête : j’étais revenu et les mauvais esprits avaient intérêt à se sauver ! J’avais acquis la force et le savoir pour les détruire!  J’arpentais ce loft à leur recherche et si ce soir là je suis resté il y avait aussi cette motivation en moi !

 

         Je continuais de travailler et un jour en rentrant Josiane me dit : j’ai lavé ton linge. J’ai trouvé un mouchoir avec des nœuds. Je lui demande : tu as enlevé les nœuds ? Non me dit elle, je n’ai pas osé. Je rigole et je lui dis : tu aurais pu les enlever car si il y a une personne sur terre qui peut les enlever c’est toi. Elle a enlevé les nœuds ! Ensuite j’ai compté les jours ! Nous étions le 41e jour après que Moïse ai fait ces nœuds. Coïncidence ? C’est comme pour la date du 30 avril est-ce une coïncidence ? Des hasards ? Toute ma vie a été faite de coïncidences et de hasards. Un de plus ou un de moins…….

 

         J’ai continué d’écrire. Avant Josiane disait que j’avais perdu la raison. Mais  je faisais ça seul, le soir, et je lui demandais de faire comme si elle ne savait pas ! Ces écritures étaient devenues mon jardin secret. Pendant toutes ces années personnes n’a su le contenu de toutes ces écritures. En sept années je ne compte pas le nombre de stylos qui ont fumé dans mes mains. Je dis fumé car je les ai vus cracher l’encre de partout. Souvent je me retrouvais avec de l’encre plein les mains comme du temps ou j’allais à l’école, avec ces porte plumes qui dégueulaient l’encre de partout.  

 

         Avec Blaise nous avons souvent parlé de la réalité des femmes sur terre. A ce sujet je suis persuadé que Blaise est comme moi, il aime les femmes. En ce qui concerne le port du voile quand je suis allé en Arabie Saoudite, j’ai été horrifié par çà. Ce qui m’a le plus révolté ce sont ces femmes qui en plus du voile, portaient un masque de cuir. Pour moi la plus belle chose qu’un homme peut avoir : c’est une femme, alors pourquoi la cacher ou la mettre en prison derrière ce voile ? L’Arabe qui m’avait appris la réalité de la Genèse dans la Bible m’avait expliqué qu’au départ le voile était là pour protéger les femmes Musulmanes du soleil. A cela il ajoutait qu’un homme ne doit pas prendre femme pour sa beauté physique mais pour la beauté de son esprit. Mais alors pourquoi cette dérive ? J’ai demandé à Blaise ce qu’il en pensait de tout ça. Sa réponse fut de me dire : Est-ce que tu lâcherais tes filles dans de tels pays, seules parmi ces hommes. Evidemment ma réponse fut de dire : Non ! Je dois expliquer qu’en Arabie comme dans pas mal de pays Arabes la bigamie est légale. Certains hommes peuvent avoir 6 ou 7 femmes. Que font les autres hommes ? Je vous laisse le deviner. Alors quand ils voient une femme seule ils deviennent fous. Le port du voile dans ce cas est une protection contre les hommes.

 

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