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        Je n’ai jamais oublié non plus les cris des femmes que les bonnes sœurs tapaient pour les faire taire quand j’étais au dépôt, avant d’aller en prison. Une chose importante pourtant se profilait dans ma vie, c’était la Pentecôte. Tous les ans, il se passait  quelque chose ce jour là pour me rappeler ce rendez vous. Une première fois un accident de mobylette, une autre fois je me suis sauvé de la maison de correction. J’ai conçu ma fille ce jour là également, etc… Ce rendez vous a duré toute ma vie et chaque année.

Josiane étant d’origine italienne, il était impossible de faire l’impasse sur un mariage religieux. En plus elle était enceinte de 3 mois, il fallait faire très vite. J’ai accepté de rencontrer le curé qui était en fait: un vicaire. Ce curé a joué un rôle très important dans ma vie. C’est le seul qui m’a proposé de discuter. Ce curé a trouvé la solution en me disant qu’il bénirait le mariage de Josiane et pas le mien. Quel bluff !  Ce jour là, pendant la cérémonie, il nous a salués avec un signe de victoire !

Deux jours plus tard je devais partir à l’armée. Je suis allé à la gendarmerie et j’ai inversé les dates. Le gendarme m’a dit que le devoir conjugal passait avant le devoir militaire et je me suis retrouvé avec 10 jours de permission exceptionnelle pour me marier.

Le jour du départ j’ai égaré tous mes papiers : je les avais laissés sur le comptoir où j’avais pris mon billet de train. En arrivant à la caserne je me suis présenté sans papiers. Je ne pouvais pas être incorporé car il me fallait d’abord prouver mon identité. De toute façon, je n’avais pas l’intention de faire l’armée et j’étais prêt à tout faire pour être réformé. 

 L’engrenage était en place : il fallait que je puisse rentrer à l’infirmerie mais pour cela il fallait un motif  bien sûr ! Je suis tombé sur un gars sympa qui était homosexuel et avec qui je suis devenu copain. Ce gars m’a expliqué ce que je devais faire. (c’était mon objectif de toute façon). Donc  je suis passé devant un psychiatre au sujet de mes antécédents en prison et en maison de correction. Une histoire à mourir de rire. A cela j’ai rajouté mes idées antimilitaristes et c’est ainsi que j’ai été réformé « inapte à la vie militaire ». Encore Libre et en plus j’avais l’impression de récupérer le temps que j’avais perdu en prison.    

Avec ce petit clin d’œil du destin il me fallait partir au charbon comme on dit ! J’étais marié et j’allais bientôt être père. Bizarrement Josiane avait eu les mêmes points de départ dans la vie que moi. Un père qui l’avait reconnue et qui n’était pas réellement son père. Une tante nommée Louise qui, depuis la mort de sa grand-mère, était la chef de famille. Toute sa famille était italienne et son père avait un nom arabe. Cela ne me gênait pas puisqu’elle portait mon nom. J’ai été surpris de la cohésion de cette famille, l’inverse de ce que j’avais vécu jusque là. C’est ce genre de famille que je voulais construire car je n’avais pas eu de vraies racines et là je me rendais compte que ça me manquait. Je ne voulais pas que mes enfants puissent se plaindre de ce manque. Une façon pour moi d'inverser les choses.

Au début on habitait chez les parents de Josiane. Notre fille Nathalie est née le 2 février 1968 : ce jour là c’est une fête chrétienne. A cette époque je livrais des meubles. On vivait convenablement avec peu d’argent. Louise, la tante de Josiane, nous a trouvé un petit deux pièces. Nous étions jeunes et insouciants. Josiane s’est de nouveau retrouvée enceinte et sa mère l’a fait avorter en cachette. Quand j’ai découvert cela je les ai maudites toutes les deux. J'avais la rage.........

 

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